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09.03.10
Afrique >> Togo
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Les forces de l'ordre dispersent des manifestants dans les rues de Lomé le 7 mars © AFPUne manifestation de l’opposition, interdite par le gouvernement, a été dispersée par les forces de l’ordre à Lomé mardi matin. L’Union africaine confirme l’élection du président sortant Faure Gnassignbé et appelle à la réconciliation dans un communiqué.
« Nous voulons le changement, nous voulons un nouveau président », entonnait un groupe de 400 jeunes mardi matin, dans le quartier populaire de Bè, où se situe le siège de l’Union des forces pour le changement (UFC, opposition). Leur candidat, Jean-Pierre Fabre, est arrivé deuxième de l’élection présidentielle avec 33% contre 60% pour le président sortant Faure Gnassingbé, selon les chiffres provisoires de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).
Gaz lacrymogènes et nouvel appel à manifester
Pour faire face à ces opposants, la Force spéciale élection présidentielle (Fosep), un corps de 6000 gendarmes et policiers, avait été était déployé dans le quartier dès 7 heures du matin.
La veille, le gouvernement avait fait savoir que cette manifestation, annoncée par l’UFC pour protester contre des « fraudes » lors de l’élection, serait interdite. « Les manifestations sur la voie publique ne peuvent être organisées les jours ouvrables parce qu'elles perturbent l'activité », avait mis en garde Pascal Bodjoma, le porte-parole du gouvernement.
Conséquence attendue : la Fosep a dispersé le groupe de jeune. En guise de sommation, les policiers et gendarmes casqués se sont avancés vers les manifestants en frappant leur matraque contre leur bouclier. Visés par plusieurs grenades lacrymogènes, quelques rares jeunes se sont risqués à jeter des morceaux de brique sur les forces de l’ordre, tandis que la plupart fuyaient dans les ruelles.
« Dès que je suis arrivé en voiture, les jeunes étaient nombreux autour du véhicule. La Fosep commençait à tirer des gaz lacrymogènes, les jeunes couraient dans tous les sens. Nous sommes repartis », a déclaré Jean-Pierre Fabre, le candidat de l’UFC, après la dispersion de la manifestation.
L’UFC a tout de suite appelé à une nouvelle mobilisation. « 45 ans de violence politique, ça suffit. C’est pourquoi, nous appelons nos militants à des manifestations tous les jours. Nous les appelons aussi à une autre marche samedi 16 mars, suivi d’un grand meeting à place de l’indépendance », a déclaré le directeur de campagne de Jean-Pierre Fabre, Patrick Lawson.« Faure présidera aux destinés du Togo »
Quelques instants plus tard, sa défaite était entérinée par l’Union africaine (UA). « M. Faure Essozima Gnassingbé est réélu président de la République du Togo », a affirmé l’organisation dans un communiqué. […] Il présidera à nouveau aux destinées du Togo pour les cinq prochaines années. »
Comme pour réagir aux manifestations interdites, l’UA « exhorte les contestataires à recourir aux voies légales pour se faire entendre », d’après le texte.
L’institution panafricaine estime « que globalement, d’après [les observateurs], le scrutin s’est déroulé de manière libre et transparente. Ils ont toutefois recueilli des plaintes provenant d’acteurs politiques concernant l’authentification des bulletins de vote et la centralisation des résultats ».
Cette position diffère quelque peu de celle de l’Union européenne : sa Mission d’observation électorale dit avoir constaté des « irrégularités » lors de l’élection (concernant essentiellement la campagne électorale plutôt que le vote) selon un rapport provisoire.
Le rapport final doit être rendu public d’ici deux mois, mais on voit mal désormais ce qui pourrait empêcher Faure Gnassingbé d'entamer son nouveau mandat (Avec AFP). -
09.03.10
Afrique >> Mali
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Des combattants d'Aqmi dans le Sahel (archive) © AFPAu moins cinq soldats nigériens ont été tués, et vingt autres blessés lundi, lors d'une attaque surprise menée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) contre un poste militaire dans l'ouest du Niger, à la frontière malienne.
"C'est Al-Qaïda qui a fait ça. Ils sont venus avec au moins douze voitures (véhicule 4X4) à Tilwa. Ils ont attaqué les militaires. Ils ont tiré. Tout le monde a quitté" le poste, a expliqué à l'AFP un élu de Anderamboukane, localité malienne située à la frontière avec le Niger.
Des soldats aux mains d'AQMI
"J'étais à Tilwa. Il y a une voiture de Al-Qaïda qui a pris feu. Ça a tué des militaires nigériens. J'ai vu 20 blessés", a ajouté cette source sous couvert de l'anonymat.
"Après, les mêmes gens ont tiré. Ils ont pris des prisonniers, ils ont pris les armes des militaires, et ils sont repartis", a ajouté la même source.
"Ce qui s'est passé est très grave. Ce sont des représailles d'Aqmi contre l'armée nigérienne à Tilwa. Il y a eu au moins cinq morts dans les rangs de l'armée nigérienne, et plus de quinze blessés. C'est une attaque-surprise", a déclaré de son côté à l'AFP, une source sécuritaire dans la zone.
"C'est l'attaque la plus meurtrière d'Aqmi contre une position de l'armée nigérienne", a ajouté cette source.
Un communiqué de l'armée nigérienne était attendu plus tard dans la journée.
Aqmi opère dans cette zone frontalière entre Mali et Niger. Quatre touristes européens (deux Suisses, un Allemand et un Britannique) avaient notamment été enlevés dans cette région en janvier 2009.
Aqmi, qui avait revendiqué l'enlèvement, avait annoncé en juin avoir tué le touriste britannique, tandis que les trois autres otages avaient été libérés.
La rébellion touareg nigérienne est également présente dans cette zone.
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09.03.10
Afrique >> Somalia
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Waris Dirie, ambassadrice de l'ONU contre les mutilations génitales féminines © U.N.Aujourd’hui ambassadrice de l'ONU contre les mutilations génitales féminines, cette ancienne top model somalienne a été excisée à l’âge de cinq ans. « Fleur du désert », son livre auto-biographique vendu à 11 millions d’exemplaires dans le monde a été adapté à l’écran. Le film sort mercredi 10 mars dans les salles françaises. Portrait.
Waris Dirie est une fleur qui ne fane pas. Rien ne semble altérer l’énergie de cette Somalienne devenue dans les années 1990 l’un des mannequins noirs les plus célèbres du monde. Ni le temps ni les blessures de la vie n’auront eu raison de cette ancienne gardienne de chèvre du désert somalien excisée à l’âge de cinq ans par une vieille femme au rasoir cassé. Une mutilation traditionnelle qui a failli l’emporter et qui touche encore, au total, 130 millions de femmes dont 90 millions sur le continent. Dans le monde, près de 6 000 fillettes par jour sont victimes de ce que Waris Dirie qualifie de « rituel obscurantiste ». Beaucoup n'y survivent pas, comme sa propre sœur qui s’est vidée de son sang sans qu’on puisse la sauver.
Physique de rêve
De jeune-fille blessée, Waris Dirie est devenue une femme révoltée. « Le jour où j’ai été mutilée, je me suis fait une promesse. Si je n’y reste pas, je me battrai toute ma vie pour que cette pratique disparaisse », se souvient-elle. A 13 ans, elle refuse d’épouser un homme de 65 ans, fuit sa famille nomade pour se réfugier chez sa grand-mère à Mogadiscio, après une traversée du désert qui dure plusieurs jours. Puis elle devient bonne à tout faire chez un oncle ambassadeur de Somalie à Londres. Pas de salaires, pas de congés. Esclave des temps modernes. Elle refuse d’accompagner sa famille quand celle-ci revient vivre en Somalie - en pleine guerre civile, le pays se retrouve sans gouvernement. « J’étais désespérée, je n’avais personne, pas de passeport, pas de visa, pas d’endroit où vivre, pas d’amis, pas de famille, pas d’argent. Je n’avais rien », confie-t-elle.En réalité, la nature lui a tout de même donné deux atouts : une volonté hors du commun et un physique de rêve. Front vertigineux, port altier, nez rectiligne. Sa beauté insolente lui vaut d’être repérée à Londres par un photographe de mode alors qu’elle lessive le sol d’un fast-food. Après des années de fuite, la chance. Enfin.
Londres, Paris, Milan, New-York… Waris Dirie fréquente et vit dans toutes les capitales mondiales de la mode à partir de 1983. Un tourbillon qui ne la détourne pas de son objectif. « J’ai beaucoup voyagé, j’ai vu les plus beaux endroits du monde, j’ai gagné de l’argent. En fait, j’ai utilisé ce milieu, je n’avais pas le choix », dit-elle. En 1997, le masque hiératique tombe. Dans une interview à Marie-Claire US, elle dévoile ses blessures et son parcours. Fini les podiums, le strass, le glamour. Retour à la réalité. Dur combat qui, en fait, n’a jamais cessé de l’habiter.
Aujourd’hui, celle-ci a deux enfants et vit en Pologne. Elle est ambassadrice de l'ONU contre les mutilations génitales féminines et membre du conseil d’administration de la Fondation pour la dignité et les droits des femmes mise sur pied par le milliardaire français François-Henri Pinault. L'excision est au coeur de sa vie, même si elle préfère ne plus parler d'elle. "Vous serez choqués d'apprendre combien de pays dans le monde pratiquent ce crime abominable sans que personne le sache: l'Irak, l'Arabie, le Kurdistan, l'Inde, l'Asie musulmane", dit-elle. A 45 ans, Waris Dirie n’a jamais été aussi forte. Le combat continue.
« Crime abominable »
Le livre qu’elle publie la même année, « Fleur du désert », revient sur son parcours. Un conte de fée, au fond, qui n’en est pas vraiment un. Comment oublier les années de douleur, les cicatrices, le fait qu’elle ne connaîtra jamais une sexualité normale malgré une chirurgie réparatrice ? Le film adapté de son livre sort en France mercredi 10 mars, deux jours après le centenaire de la Journée internationale des droits des femmes. Réalisé par la Germano-américaine Sherry Hormann, il a déjà fait 1,5 million d'entrées fin 2009 en Allemagne. C’est un autre top model, l'Ethiopienne Liya Kebede, qui incarne Waris Dirie. -
09.03.10
Afrique >> Algerie Actu
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L'affiche du Front national dénonçant l'islamisme, le 17 février 2010, à Nice © E.GAILLARD / REUTERSDistribuée depuis novembre 2009, l'affiche du Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen représentant une carte de France recouverte du drapeau algérien a réussi à provoquer un tollé médiatique, une semaine avant les élections régionales dans l'Hexagone. Un beau coup de communication politique auquel - ironie de l'histoire - Alger a également apporté sa contribution en protestant "officiellement" contre la campagne du FN, lundi dernier.
Même en déperdition dans les sondages – et peut-être même à cause de cela - le Front national de Jean-Marie Le Pen réussit encore à faire parler de lui à la faveur d’une de ces polémiques dont il a le secret. L’objet du scandale ? Une affiche de sa section jeunesse (FNJ) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA, Sud-Est de la France), qui reprend les mêmes thèmes qu’un tract élaboré par un parti suisse, l’Union démocratique du Centre (UDC), lors de sa campagne réussie pour l’interdiction des minarets dans la Confédération helvétique.
Reprenant la même recette – dans l’espoir qu’elle lui apporte le même succès qu’à l’UDC – le FNJ placarde depuis novembre 2009 une affiche censée dénoncer l’islamisme avec, derrière une jeune femme en niqab, une carte de France couverte du drapeau algérien et transpercée par des minarets en forme de lance. En guise de slogan, on peut y lire: "Non à l'islamisme, la jeunesse avec Le Pen", tête de liste du FN dans la région pour les régionales des 14 et 21 mars prochains.
« Protestations légitimes »
Mais après avoir provoqué l’ire de l’UDC, qui accuse le FN de plagiat, voilà que l’audace malodorante de l’extrême droite française provoque des remous jusqu’en Algérie qui a "officiellement" protesté lundi 8 mars."C'est à l'Etat français de prendre les dispositions qui s'imposent lorsque des symboles de pays étrangers sont mis à genoux", a déclaré le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci. Des « protestations légitimes », a répondu ce mardi le ministère français des Affaires étrangères qui juge l'utilisation du drapeau algérien « extrêmement choquante ». « Nous déplorons avec force l'usage indigne et dégradant d'un drapeau national a des fins électoralistes », a déclaré Bernard Valero, porte-parole du Quai d'Orsay.
Mais le ministère dirigé par Bernard Kouchner s'est tout de même reconnu impuissant dans cette affaire. Il n’a pas souhaité, par exemple, « commenter une décision de justice » relative au rejet lundi, par un tribunal de Marseille, d'une demande d'interdiction de l'affiche du FN formulée par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra).
De son côté, le Mrap a demandé lundi au tribunal de Nanterre, saisi en référé la semaine dernière, d'interdire les mêmes affiches. Celui-ci rendra sa décision vendredi. Ce qui aura pour conséquence inattendue d’offrir une tribune inespérée au FN, à deux jours du premier tour des régionales… (avec AFP)
Tribune inespérée pour le FN
Deux autre associations ont cependant immédiatement porté plainte. Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) et SOS Racisme (associé au journaliste et écrivain algérien Mohamed Sifaoui) ont porté plainte pour incitation à la haine raciale. Le Pen "devra comparaître pour une première audience devant le tribunal correctionnel de Paris le 6 mai", a indiqué SOS Racisme. « Sous couvert de dénoncer l'extrémisme religieux, Jean-Marie Le Pen a très clairement marqué sa volonté de susciter la peur et le rejet à l'encontre de toutes personnes de confession musulmane, mais également des Français d'origine algérienne et des ressortissants algériens vivant en France », a jugé l’association. -
09.03.10
Afrique >> Ivory Coast
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Manutention de sacs de riz importés dans le port d'Abidjan © AFPÀ Abidjan, comme ailleurs en afrique, la domination du marché agricole a longtemps été la chasse gardée des importateurs. Le gouvernement tente à nouveau de réguler le secteur. Enquête au cœur de la filière riz.
C’est une bataille largement médiatisée aux allures de polar économique qui dure depuis plus de quatre mois. Le 1er novembre 2009, le ministre ivoirien du Commerce d’alors, Youssouf Soumahoro, issu de la rébellion des Forces nouvelles, débarque à la télévision nationale pour dénoncer les tentatives de mise sur le marché de produits impropres à la consommation. En cause, notamment, 1 250 tonnes de riz importées d’Uruguay par la filiale locale de Seacor Commodity Trading, une société américaine basée à Fort Lauderdale (Floride).
La cargaison contiendrait une trop forte quantité de plomb. Le pays est en émoi : le riz est l’aliment de base de la population urbaine. Très rapidement, l’entreprise incriminée divulgue plusieurs résultats d’analyses totalement contradictoires réalisées par deux instituts ivoiriens commis par le gouvernement, ainsi que l’expertise du français SGS pour le tribunal de première instance d’Abidjan, qui atteste d’un taux de plomb inférieur à 0,1 %, moins que la norme internationale (0,20 mg/kg). Cet imbroglio n’empêche pas le gouvernement d’ordonner, le 27 décembre 2009, la réexportation des cargaisons vers l’Uruguay. Il n’en faut pas plus pour que des quotidiens se déchaînent, accusant le ministre de harcèlement, voire de tentative de racket. Fin février, les containers de riz n’avaient toujours pas été réexportés en Uruguay…
Une preuve de plus qu’en Côte d’Ivoire le riz est une denrée stratégique qui se retrouve souvent au cœur d’enjeux politiques de premier ordre. Entre 1971 et 1995, la très puissante Caisse générale de péréquation des productions agricoles était la seule à pouvoir procéder à des importations de riz. Durant de nombreuses années, un système souvent décrié a régné : celui des « sponsors », des personnalités proches du pouvoir – comme Mamie Faitai, la sœur la plus influente de Félix Houphouët-Boigny –, alliés aux professionnels internationaux du négoce autorisés à vendre un certain nombre de tonnes à la Caisse de péréquation. La dévaluation et les critiques des bailleurs de fonds ont eu raison de celle-ci.
Dix licences d’importation sont ensuite distribuées. Cogeco, société dirigée par Patrick Bédié, le fils du chef de l’État d’alors, est retenue. Depuis, il a abandonné cette activité. Il n’empêche : la figure du marchand de riz qui s’engraisse en augmentant les prix et en affamant le petit peuple est politiquement rentable. Durant les émeutes de la faim, début 2008, le président Laurent Gbagbo lance : « Aucun de mes enfants n’a une licence d’importation. Puisque mes adversaires estiment que le riz coûte cher, ils peuvent par amour pour le peuple diminuer leur marge. »
Une chose est vraie : si les fondements ont été posés au lendemain des indépendances, l’élite politique ivoirienne a très vite sacrifié la production locale de riz. En 1976, la Côte d’Ivoire est autosuffisante en riz. La production est soutenue par la Société de développement de la riziculture (Soderiz), qui s’occupe de la collecte et de la transformation, et par la Société d’assistance technique pour la modernisation agricole en Côte d’Ivoire (Satmaci), au service des paysans. Mais, en 1977, la Soderiz est démantelée. La volonté politique est essoufflée, dans un contexte où l’importation rapporte à l’État, grâce aux taxes, tandis que la production nationale est subventionnée. Le pays se concentre sur le binôme café-cacao.
Importations asiatiques
Un changement de politique amèrement regretté, surtout après la flambée des cours entre juillet 2007 et juillet 2008. Avec l’urbanisation galopante et la transformation des habitudes alimentaires, l’augmentation de la production nationale de riz, estimée à 700 000 tonnes par an, est un enjeu de sécurité alimentaire. Les importations, qui proviennent à 90 % d’Asie – Thaïlande, Inde, Chine, Pakistan et Vietnam –, ne cessent de croître. De 300 000 tonnes en 1995, elles ont atteint 474 000 tonnes en 1998 et tournent autour de 800 000 tonnes aujourd’hui, pour une valeur de plus de 150 milliards de F CFA. Un marché archidominé par SDTM-CI, la société du Libano-Ivoirien Ibrahim Ezzedine.
« Les terres cultivables existent, notamment 600 000 hectares aménagés par Soderiz, et dont seulement un dixième est mis en valeur. Une tradition de production du riz, à la fois irriguée et de plateau, a été développée depuis plusieurs décennies. D’importantes variétés à hauts rendements, adaptées et mises au point avec l’appui du Centre national de recherche agronomique (CNRA) et l’Adrao, sont disponibles », affirme une note de la mission économique française à Abidjan.
Mais malgré l’appui du président Laurent Gbagbo en VRP de la riziculture, les grands groupes agro-industriels nationaux et étrangers ne se bousculent pas pour exploiter ce potentiel. La production de riz ivoirien demeure souvent aux mains de petits agriculteurs qui exploitent entre 1 ha et 3 ha. La riziculture irriguée – 5 % des terres et 20 % du tonnage national produit – nécessite de gros moyens. L’attentisme des investisseurs peut surprendre tant le riz ivoirien, dont le prix représentait 150 % de celui du riz venu d’Asie, a gagné en compétitivité. « On trouve sur les marchés des variétés locales coûtant entre 275 F CFA et 500 F CFA le kilo, quand le kilo importé coûte entre 350 F CFA et 600 F CFA », affirme Florentin N’Zi, secrétaire général de l’Association nationale des riziculteurs de Côte d’Ivoire (Anariz-CI).
Un « programme d’urgence riz », financé à hauteur de 18 milliards de F CFA par la BOAD, le Fida, la Banque mondiale, le gouvernement ivoirien et l’Union européenne a été lancé en 2009. Il soutient des projets de consolidation des coopératives, d’acquisition de machines agricoles, de distribution de semences, de création de structures facilitant la culture irriguée, de mise en place d’unités de décorticage et de création de labels départementaux. Pour quelle efficacité ? Faute de statistiques fiables, il faudra sans doute attendre d’observer un frémissement dans l’approvisionnement des marchés pour en juger.
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08.03.10
Afrique >> Togo
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L'UE pointe les irrégularités de la présidentielle © AFPLa mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE UE) a présenté ce week-end un rapport dénonçant les irrégularités de la campagne pour l'élection présidentielle du 4 mars dernier au Togo.
L’Union européenne, qui a financé le scrutin présidentiel du 4 mars dernier à hauteur de 9 millions d’euros, a également envoyé une mission d’observation électorale de 130 membres, dirigée par l’Espagnol José Manuel Garcia-Margallo y Marfil. Celle-ci a visité 657 bureaux de vote sur les 5 930 établis dans les 35 préfectures du territoire togolais, soit 11% du total. Il est donc trop tôt pour avoir son compte-rendu du scrutin, mais le rapport préliminaire qu’elle a rendu public le 6 mars révèle de nombreuses irrégularités présumées pendant la campagne présidentielle.
« Le candidat Faure Gnassingbé [Rassemblement du peuple togolais, RPT, NDLR] a disposé des moyens logistiques, de communication, les plus importants. Il s’est appuyé sur les moyens de l’État (affichage abondant, déplacement en hélicoptère…), apparemment au-delà des moyens impartis », indique le document de 12 pages.
La mission note également que le vote anticipé des forces de l’ordre et de sécurité, le 1er mars, fait l’objet de nombreuses suspicions. « Les traces d’encre indélébile sur les doigts des votants n’étaient pas vérifiées. Les problèmes sont concentrés dans le septentrion du pays, à savoir, la région de la Kozah et des Savanes (zones acquises au RPT, NDLR) où les procédures encadrant le vote par dérogation et par procuration n’ont pas été respectées », précise le rapport.
Par ailleurs, le fichier électoral a progressé de 10 %, ce qui fait un total d’environ 320 000 inscrits. Une inflation surprenante, « en l’absence de données démographiques fiables », s’alarme l’UE.
Pas de conclusions définitives
En ce qui concerne, l’opposition, les observateurs de l’UE notent qu’elle s’est retrouvée affaiblie pour trois raisons : non-participation du leader de l’Union des forces de changement (UFC), Gilchrist Olympio, à la campagne électorale ; soutien tardif de ce dernier au candidat de l'UFC, Jean-Pierre Fabre ; et difficultés d’une candidature unique de l’opposition.
Toutefois, la mission de l’UE se garde bien de porter un jugement définitif sur l’ensemble du processus électoral. Elle « ne tirera pas de conclusions finales avant l’achèvement de la centralisation et l’annonce des résultats ». Le rapport final sera publié environ deux mois après la fin du traitement des contentieux éventuels sur les résultats de l’élection. Il ne devrait avoir que peu d’impact sur l’évolution de la situation politique actuelle.
La date prévue pour l’investiture du chef de l’Etat est le 4 mai. Selon les résultats provisoires annoncés le 6 mars, le président sortant et candidat du RPT, Faure Gnassingbé, serait largement réélu avec 60,92 % des voix, contre 30,94 % pour son principal rival Jean-Pierre Fabre (UFC). Après la manifestation réprimée dimanche par les forces de l’ordre, celui-ci a appelé ses militants à une autre marche pacifique mardi. Celle-ci a été interdite lundi soir par le gouvernement et les Togolais croisent les doigts pour que le scénario de 2005 (400 à 500 morts selon l'ONU) ne se reproduise pas. -
08.03.10
Afrique >> Niger
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Le pouvoir au bout du fusil © Rebecca Blackwell/AP/SIPAInstitutions dissoutes, classe politique écartée, le Niger traverse une nouvelle période délicate de son histoire. Reportage de notre envoyé spécial.
Une semaine après avoir pris le pouvoir, le 18 février, le chef d’escadron Salou Djibo ne s’était toujours pas adressé à ses concitoyens. Souci de discrétion ? « Pas seulement, assure un officier supérieur qui l’a longtemps côtoyé dans les unités opérationnelles, notamment face aux rébellions touarègues, dans le nord du pays, ou à celle des Toubous, autour du lac Tchad. S’il préfère les actes aux discours, c’est avant tout pour éviter que le Niger ne retombe dans le travers du culte de la personnalité. » Il faut dire que ce culte de la personnalité rapporte peu dès que le temps change. L’opération qui a renversé Mamadou Tandja n’a duré que trente minutes, il n’a fallu que quelques heures à ceux qui, hier encore, louaient le « tazartché » (« continuité », le cri de ralliement de ses partisans) pour applaudir dans la rue les militaires. Hormis son parti, le Mouvement national pour la société de développement (MNSD-Nassara), qui a demandé sa libération, nul ne semble pleurer le président déchu. Pas même la communauté internationale.
Habituellement promptes à condamner les violations de l’ordre constitutionnel, ni l’Union africaine (UA) ni la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ne réclament le retour de Tandja aux affaires, se contentant de recommandations pour que « la transition soit le plus courte possible ». Quant à l’opposition nigérienne, elle a bien tenté de profiter de cette nouvelle donne, mais elle a été très vite refroidie par les déclarations d’un des principaux animateurs du putsch, le commandant Djibrilla Hima Hamidou, alias Pelé : « Nous ne roulons pour personne », ne cesse-t-il de marteler.
« Assainir la situation »
« Nous voulons atteindre trois objectifs, ajoute le colonel Abdulkarim Goukoye, patron du renseignement militaire et porte-parole de la junte : assainir la situation politique, réconcilier les Nigériens et, enfin, restaurer la démocratie en organisant des élections générales libres et transparentes. » Vaste programme ! Le seul premier objectif pourrait prendre des années tant la classe politique est divisée et ses dirigeants – tous jugés responsables de l’impasse – profondément discrédités aux yeux des putschistes.

Des militaires mutins applaudis dans la rue à Niamey, le 20 février (AFP)
Si le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD) a annoncé un nouveau code pénal et une nouvelle Constitution, « nous n’avons pas dissous la justice », assure le colonel Goukoye. Or il se trouve que les principaux acteurs politiques qui devraient être associés, d’une manière ou d’une autre, à la transition sont sous le coup de poursuites judiciaires. L’ancien Premier ministre, Hama Amadou, chef du parti Lumana, est sous le coup d’un mandat d’arrêt international. L’ex-président de la République, Mahamane Ousmane, patron de la Convention démocratique et sociale (CDS-Rahama), est en quasi-exil au Nigeria. Quant à Mahamadou Issoufou, président du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarraya), il est poursuivi pour malversations.
Transition
« Par assainissement, nous entendons la moralisation de la gestion des deniers publics et la lutte contre la criminalité économique, précise le porte-parole. Même s’il n’est pas question de sombrer dans une chasse aux sorcières », nuance-t-il. Hama Amadou peut-il revenir de son exil parisien ? « Le mandat d’arrêt avait été gelé dans le cadre du dialogue mené par la Cedeao. Et, à ma connaissance, il n’a pas été réactivé. »
S’il ne parle pas beaucoup, le nouveau chef de l’État, Salou Djibo, reçoit beaucoup. Ce militaire, apprécié de la troupe pour sa hargne au combat, sait faire preuve de diplomatie. Il tente de rassurer ses interlocuteurs sur ses intentions de rendre, dès que possible, le pouvoir aux civils. Mais que ce soit Ramtane Lamamra, commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, Mohamed Ibn Chambas, président de la Commission de la Cedeao, ou bien encore Soumaïla Cissé, président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), aucun de ces « envoyés spéciaux » n’a eu de précisions sur la durée de cette transition. Soumaïla Cissé comprend le dilemme. « Il vaut mieux s’abstenir de donner une date que d’en fixer une et, fût-ce pour des raisons objectives, ne pas pouvoir la respecter. »
Divisions sur le cas Tandja
Salou Djibo ne se contente pas de donner des gages aux émissaires internationaux. Il en donne aussi aux Nigériens. Pour sa première sortie publique en tant que chef de l’État, il a choisi de rendre visite au général Ali Saïbou, « l’ATT nigérien », au pouvoir de 1987 à 1993, et qui a su remettre le pouvoir aux civils à l’issue d’une conférence nationale et d’une élection présidentielle. Autre gage donné par le commandant, aux militaires cette fois, lors d’une longue audience accordée aux anciens officiers des Forces armées nigériennes (FAN) : il sera le garant de l’unité de l’armée. « Des quatre coups d’État en cinquante ans, c’est le premier qui n’a pas été orchestré par l’état-major. Qu’il s’agisse de Kountché en 1974, ou de Baré Maïnassara en 1996, c’est le commandement qui avait agi. Celui du 18 février a été piloté au nez et à la barbe de l’état-major. Rien ne dit que cela ne laissera pas de séquelles au sein de l’institution militaire », analyse Ali Sabo, un baron du MNSD.
Amertume d’un partisan de Tandja ? Pas sûr. Le flou quant à la situation du chef d’état-major, le général Moumouni Boureïma – que l’on dit tantôt assigné à résidence, tantôt libre de ses mouvements –, n’aide pas à lever les interrogations qui planent sur l’unité de l’armée. « La seule certitude est que le général Moumouni Boureïma a été écarté. Il a été contraint de venir, le 19 février, à l’état-major pour faire ses cartons, raconte un témoin de la scène. C’est plus un acte de considération que d’humiliation. On lui a permis de nettoyer son bureau. »
L’unité de la junte est également mise à mal à propos de Tandja. Sera-t-il jugé ? « Pas question », affirme Pelé, qui en est à son troisième coup d’État après ceux de 1996 et de 1999. Le moins que l’on puisse dire est que cette attitude ne fait pas l’unanimité parmi les « Enfants », surnom donné aux jeunes officiers putschistes. Salou Djibo fait partie des éléments les plus sévères à l’égard de l’ancien président, qui « n’a pas fait honneur à son statut d’officier de l’armée nigérienne. »
Que faire de Tandja ? L’envoyer en exil au Maroc, comme l’a laissé entendre une rumeur avant que Rabat ne démente ? Pour l’heure, aucune décision ne semble avoir été prise. « Tandja est capable de revenir par les urnes si la prochaine Constitution le lui permet », s’enthousiasme un de ses militants, mais il y aura certainement loin de la coupe aux lèvres. Pour l’heure, les militaires pensent à combler les énormes vides institutionnels. Il y a une cinquantaine de partis politiques au Niger et une demi-douzaine d’alliances politiques à géométrie variable. En outre, l’ordonnance du CSRD fixant l’organisation de la transition laisse entendre que la junte veut cumuler les pouvoirs exécutif et législatif. Le conseil consultatif, composé de représentants des Forces vives, qui doit être mis en place rapidement, n’aura qu’un rôle limité. Ce ne sera donc pas une assemblée constituante. À la sortie de l’audience que lui a accordée Salou Djibo, Soumaïla Cissé a soupiré : « Ils auront besoin de nombreux juristes de talent. »
« Nous avons l’habitude »
À Niamey, le putsch semble avoir été digéré. « Nous avons l’habitude, plaisante Abdou, chauffeur de taxi. Ce n’est pas quelques tirs qui vont nous empêcher de sortir. » Les incertitudes se sont vite envolées avec la levée du couvre-feu et la réouverture des frontières. Le dispositif militaire n’est pas plus impressionnant que d’habitude. « Avec ou sans Tandja, la vie est toujours aussi dure, se plaint Hadja, secrétaire dans une entreprise publique. La première question qui nous est venue à l’esprit quand les armes se sont tues a été la suivante : est-ce que les nouveaux patrons vont pouvoir payer nos salaires ? »
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08.03.10
Afrique >> Libya
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Après la Suisse, les États-Unis © ONUAprès sa colère contre la Suisse, suite à l'affaire Hannibal Kaddafi, Tripoli menace de prendre des sanctions contre les entreprises américaines. En cause, les commentaires ironiques d'un officiel américain, visiblement restés en travers de la gorge du "Guide".
Le régime de Mouammar Kaddafi donne des signes d’extrême susceptibilité. Après avoir appelé à la « guerre sainte » contre la Suisse et décrété un « embargo total » contre ce même pays, Kaddafi a menacé, le 4 mars, de prendre des sanctions contre les entreprises pétrolières américaines présentes en Libye. La colère du « Guide » a été provoquée par les propos du porte-parole du département d’État, Philip J. Crowley. Commentant la crise suisso-libyenne devant des journalistes, ce dernier a fait allusion au discours prononcé par Kaddafi devant l’assemblée générale de l’ONU, le 23 septembre 2009. « Beaucoup trop de paroles, mais pas nécessairement du bon sens », a-t-il ironisé. L’ambassadeur libyen à Washington, Ali Aujali, a exigé des excuses. En vain. Les représentants des compagnies pétrolières américaines à Tripoli ont alors été convoqués par le responsable libyen du secteur, Chokri Ghanem, qui les a sermonnés. Les États-Unis ont acheté pour 2 milliards de dollars de pétrole à la Libye en 2009.
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08.03.10
Afrique >> Ivory Coast
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Soro, l'homme caméléon © Issouf Sanogo/AFPDevenu du jour au lendemain la figure politique de la rébellion, le Premier ministre a vite appris son métier. De crise en crise, il est parvenu à maintenir le dialogue avec tous les protagonistes et rêve déjà d’un destin national. Itinéraire d’un équilibriste de la politique.
Guillaume Soro n’ira pas rejoindre Seydou Elimane Diarra et Charles Konan Banny au panthéon des chefs de gouvernement morts politiquement pour avoir voulu sauver la patrie. Contrairement au premier, trop accommodant pour réussir, et au second, trop fier pour ne pas échouer, il est toujours là, bien là, solidement harnaché à son siège de Premier ministre. Trois ans après la signature de l’accord de Ouagadougou, Laurent Gbagbo l’a reconduit à la tête d’une nouvelle équipe, le gouvernement « Soro II », avec pour mission d’organiser l’élection présidentielle d’ici au mois de mai.
Il a pourtant failli faire les frais des deux derniers mois de crise politique ouverte entre le chef de l’État et l’opposition pour le contrôle de la liste électorale et de la Commission électorale indépendante (CEI). Des militants de l’opposition ont défilé récemment à Bouaké, dans son fief, au slogan d’« On ne veut pas Gbagbo, Soro démission ». Lui-même a mis son départ dans la balance lors d’un tête-à-tête avec le chef de l’État, début février, en lui posant la question de « la confiance ». Lequel lui a répondu qu’il ne souhaitait pas remettre en cause leur collaboration. « La confiance n’est pas qu’une question de personne, c’est aussi un projet politique, analyse froidement Guy Labertit, conseiller Afrique de la fondation Jean-Jaurès et ami du couple présidentiel. Le Premier ministre espère partager avec le chef de l’État les dividendes de la paix. »
Bête politique
L’opposition ne voit pas l’avenir de cet œil-là. En attente d’élections ouvertes depuis 2000, elle est pressée d’aller au scrutin et a défendu bec et ongles le président et le vice-président de la CEI, pourtant convaincus de fraude. « L’intransigeance de ses principaux leaders, Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara, a mis le chef du gouvernement dans l’embarras et embrasé le pays, qui a connu trois semaines de violences », explique un inconditionnel du Premier ministre. « Mais il y a pire, poursuit cette source, l’opposition nous soutient publiquement mais souhaite en privé notre chute. Qu’elle ait le courage de ses opinions ! » Les proches du chef de l’État, sentant le vent tourner en leur faveur, en rajoutent : « Le Premier ministre leur aurait confié que Ouattara en voulait à sa vie et qu’il semait la division chez les chefs rebelles. » Un vrai changement de perspective.
Jusqu’ici, la déstabilisation était considérée comme venant des « sécurocrates » du palais présidentiel soupçonnés par les Forces nouvelles (FN) d’être derrière l’attaque de Bouaké, qui a failli coûter la vie au Premier ministre en juin 2007, mais aussi d’avoir suscité les règlements de comptes entre commandants des Forces nouvelles (FN). Soro, qui prétend avoir échappé à six attentats ces dernières années, n’en est plus à une rumeur près. Ses habiles communicateurs peuvent même favoriser leur diffusion quand elles servent leurs intérêts.
« Le Premier ministre est une véritable bête politique, confie un journaliste ivoirien. Sans base arrière ni parti, et pris en tenailles entre des ténors politiques qui ne rêvent que de se détruire mutuellement, il continue de tirer son épingle du jeu en jouant le rôle de l’arbitre. » Une posture néanmoins fragile. Pour survivre, Soro n’a pas d’autre choix que de louvoyer de droite à gauche au fil des événements sans jamais s’arrimer. Aujourd’hui, il semble plus proche du camp présidentiel, mais qu’en sera-t-il demain ?
Son histoire a montré une forte capacité d’adaptation et de rebond. Engagé aux côtés de l’opposant Gbagbo pour pourfendre le régime Houphouët-Boigny dans les années 1990, il prend les rênes de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci) en 1994. Avant de rompre en 1998 quand un autre fesciste, Charles Blé Goudé, lui fait savoir que c’est au tour des Bétés, ethnie de Gbagbo, de diriger l’organisation. Il s’exile alors en Grande-Bretagne puis en France, où il poursuivra ses études d’anglais. Il réapparaît en politique en 2000 en se rapprochant d’Alassane Ouattara. Il s’engagera même aux côtés d’Henriette Diabaté, la numéro deux de la formation, lors des législatives de décembre 2000, finalement boycottées.

Guillaume Soro en meeting en 1997, alors qu'il était secrétaire général de la Fédération estudiantine de Côte d'Ivoire (Issouf Sanogo/AFP)
Il revient ensuite, sans crier gare, avec les jeunes rebelles qui tentent un putsch contre Gbagbo en septembre 2002. Il est le visage politique de la rébellion. On le dit alors proche de l’ancien Premier ministre, soupçonné par le camp Gbagbo d’avoir fomenté le coup. Mais rapidement, le jeune Soro prend, en tout cas en apparence, ses distances avec le patron du Rassemblement des républicains (RDR).
Animal à sang froid
« Soro joue aujourd’hui sa carte personnelle, explique le professeur Dagbo Godé, enseignant à l’université de Cocody et directeur général du Centre pour l’innovation politique et économique. Il prépare l’avenir. » Un avenir qui passe obligatoirement par la réussite de la transition actuelle et la réunification du pays. Il lui faut un bilan pour transformer l’essai. Ces dernières semaines, Soro a donc multiplié les tête-à-tête avec le chef de l’État, les conciliabules avec les leaders houphouétistes, les palabres avec les chefs rebelles et les huis clos avec le président burkinabè Blaise Compaoré, pour sauver l’accord de Ouagadougou et garder tout le monde dans le jeu, seule garantie d’une présidentielle inclusive, transparente et dont le résultat sera reconnu par tous.
Sur son projet politique, il ne dit mot et reste fidèle à son serment de ne pas dévoiler ses ambitions avant la présidentielle. Ce qui ne l’empêche pas d’y réfléchir. Il n’a pas répondu à l’appel d’Alassane Ouattara, qui lui a ouvert les portes du RDR mais continue de discuter régulièrement avec l’ancien Premier ministre comme avec tous les grands ténors de la politique ivoirienne. Il s’est particulièrement rapproché de Charles Blé Goudé depuis un an, son vieux rival de la Fesci. Une simple posture tactique pour certains cadres du RDR, mais d’autres voient dans l’alliance des « frères ennemis » une opportunité d’émerger pour la nouvelle génération.
Soro et ses proches ont souvent expliqué que le conflit ivoirien était aussi une crise générationnelle, les trois grands partis n’ayant pas fait leur place aux jeunes. Près de trois cents anciens de la Fesci se sont retrouvés, le 22 février, à l’hôtel communal de Cocody. Dans la salle, il y avait des ex-responsables de l’organisation comme Charles Blé Goudé, Martial Ahipeaud et Eugène Djué ainsi que de discrets envoyés du Premier ministre.
« On bat actuellement le rappel de tous nos camarades de lutte pour monter une plate-forme de discussion, explique Martial Ahipeaud, premier secrétaire général de la Fesci. Notre souci est d’aider le pays à organiser une élection rapide et propre, mais on ne s’interdit pas de devenir, à terme, une formation politique. Notre génération veut être associée à la gestion des affaires publiques et si possible rapidement dans les instances locales et régionales. » Un apprentissage nécessaire pour une classe d’âge qui a été essentiellement nourrie au sel du militantisme mais qui n’a pas encore fait les preuves de sa capacité à administrer la chose publique.
Tous les anciens leaders de la Fesci, trentenaires ou quadras, ont certainement plus à gagner dans un nouveau parti que dans les formations existantes où les quinquas et les sexagénaires s’affronteront pour prendre la succession des leaders actuels. Ils pourraient se lancer dès les législatives programmées dans les deux mois suivant la présidentielle. Guillaume Soro est incontestablement celui qui a le CV le plus étoffé. Passé très rapidement du militantisme estudiantin à la gestion ministérielle, il a vite appris à manœuvrer dans les arcanes du pouvoir. Il est aussi celui dont le carnet d’adresses international est le plus riche, avec comme parrains Blaise Compaoré et le Sénégalais Abdoulaye Wade, qui lui manifestent une attention quasi paternelle. Il est aussi le seul ancien fesciste, avec Blé Goudé, à avoir une réelle assise financière.
Servi par un physique tout en rondeurs et un charisme indéniable, il a gardé son goût du contact et de la spontanéité joviale. Élevé à l’idéologie marxiste, il a fait son aggiornamento. S’il a facilement épousé les postures nationalistes, anticolonialistes, très en vogue actuellement, il se veut néanmoins résolument moderne et social-démocrate. Brillant orateur, il ne court plus les tribunes pour haranguer les foules mais prône une politique moins partisane, non ethnique. « Quand il le faut, c’est aussi un animal à sang froid ! » soutient l’un de ses conseillers. L’ex-sergent putschiste, Ibrahim Coulibaly, qui a fait le coup de feu avec les FN en 2002, en a fait les frais, écarté de la rébellion du jour au lendemain. Dernier atout, son extraction, modeste, comme celle de son ancien mentor, Laurent Gbagbo. Soro se place aujourd’hui au-dessus de la mêlée. À seulement 38 ans, il cherche à montrer aux Ivoiriens que le costume d’homme d’État providentiel n’est pas trop grand pour lui.
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08.03.10
Afrique >> Morocco
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La Marocaine Najlae Lhimer peut enfin revenir en France © AFP/Abdelhak SennaExpulsée de l'Hexagone après s'être rendue dans une gendarmerie afin de porter plainte contre son frère pour violences, la jeune Marocaine Najlae Lhimer va pouvoir revenir en France. Cette décision de Nicolas Sarkozy intervient fort à propos, alors qu'est célébrée ce 8 mars la journée mondiale des droits des femmes.
C’est officiel : la jeune Marocaine de 19 ans, Najlae Lhimer, va pouvoir revenir en France, selon un communiqué de l’Elysée diffusé lundi soir. Cette lycéenne vivait en France depuis 2005 « pour échapper à un mariage forcé au Maroc », explique l’association française Réseau éducation sans frontières (RESF) qui défend les personnes sans papiers mais scolarisées.
Politique du fait du prince
Les conditions de son expulsion du territoire français avait provoqué une forte indignation dans l’hexagone. Le 20 février, Najlae s'était rendue à la gendarmerie de Château-Renard (Centre de la France) afin de porter plainte contre son frère pour maltraitance. Faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français remontant au 24 novembre 2009, elle avait été aussitôt placée en garde à vue et « reconduite » à la frontière.
L’annonce de son retour prochain intervient suite aux fortes pressions médiatiques exercées sur Nicolas Sarkozy. Pour la journée internationale des droits des femmes, célébrée partout dans le monde ou presque ce 8 mars, le président français recevait des représentantes d'associations françaises à l’Elysée. Interrogé sur le cas de Najlae, il s’est alors dit « prêt à l'accueillir en France, si elle le souhaite", selon un communiqué de la présidence diffusé juste après la rencontre.
"Je suis très, très heureuse, aux anges. Je perds les mots et j'ai encore du mal à réaliser. Merci...", a déclaré la jeune-fille. "Je ne m'attendais absolument pas à cette bonne nouvelle. Je m'attendais à une réponse du type « oui, on va voir » ", a-t-elle ensuite ajouté.
Autre circonstance motivant la décision présidentielle : le Parlement français lui-même s'apprête à voter une loi durcissant les peines pour les violences faites aux femmes. Et l'une des mesures consiste justement à donner un titre de séjour aux femmes victimes de maltraitances en situation irrégulière. Sihem Habchi, présidente de l'association Ni putes ni soumises, se félicite de la décision présidentielle, "car le retour de Najlae, c'est un message lancé à toutes les femmes qui aujourd'hui peuvent se rendre dans les commissariats, dénoncer les violences qu'elles subissent et porter plainte", dit-elle.
Pour le numéro deux de la direction du Parti socialiste Harlem Désir, en revanche, "s'il s'agit d'une bonne nouvelle pour Najlae, il s'agit d'une politique du fait du prince et non d'une véritable protection des droits des femmes battues".
L'expulsion de jeunes sans papiers scolarisés est monnaie courante en France. Dans une autre affaire, une jeune Marocaine de 18 ans, arrivée à l'âge de 13 ans à Clermont-Ferrand (Centre de la France), a pu rentrer en France dimanche - un mois après avoir été renvoyée vers le Maroc. De même, fin février, un lycéen marocain de Colombes, en région parisienne, âgé de 18 ans, avait lui aussi pu rentrer en France. Il avait été expulsé un mois plus tôt à la suite d'un contrôle de police à Paris, ce qui avait entraîné une forte mobilisation des enseignants et des élèves de son lycée.
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Ils avaient besoin de l'argent gardé dans le magasin contigu au mur de la mosquée. Et pour atteindre leur cible, des malfrats ont troué nuitamment le mur de la mosquée sise au marché Waranka de Pikine Guinaw Rail et déchiré des dizaines de sacs de riz pour atteindre le comptoir. Butin emporté, plus de 3 millions de francs Cfa et plusieurs dégâts causés.



































































